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10 conseils pour être bien au bistro
Quand je fais des longs billets, comme hier, à propos des
bistros, j'ai toujours envie de donner des conseils de "fréquentation".
Petit 1 : repérer une position stratégique au comptoir. Elle
est soit à côté de la machine à café soit près de la caisse. Ou entre les deux.
Petit 2 : s'y installer en prenant garde à ne pas gêner le
service et ne pas perturber les habitués.
Le petit 1 et le petit 2 sont liés. À la Comète par exemple,
si vous vous mettez tout à droite du comptoir, vous n'aurez jamais l'occasion
de discuter avec quelqu'un. Si vous vous mettez sur la partie droite, vous
risqueriez de gêner le service et des vieux habitués du matin qui aiment bien être
assez proches de la caisse. C'est psychologique, les gens se sentent plus près
du patron quand ils sont près de la caisse. Ce n'est pas nécessairement
judicieux.
À la Comète, par exemple, le patron (ou le serveur) doit
assurer le service sur toute la longueur du comptoir. Il vaut donc mieux être
au centre. À l'Amandine, ça dépend de l'heure. Le soir, le patron discutera
plus facilement s'il est loin de la caisse.
Donc : sujet très important.
Petit 3 : n'adressez pas la parole aux autres clients du
comptoir sauf si vous avez une vraie information à leur donner.
C'est aux gens de vous intégrer dans le groupe. Si vous leur
adressez la parole alors qu'ils ne sont pas demandeurs, vous passeriez définitivement
pour un casse-couilles.
Laissez faire le temps et le hasard. Généralement à la
troisième visite à un comptoir (hors heures de pointe), vous êtes copain avec
le lascar derrière le comptoir... C'est son métier. Si ça ne marche pas,
changez du bistro (avec prudence : le type derrière le comptoir peut être un
remplaçant).
Petit 4 : ne parlez jamais de son boulot au patron ou au
serveur (sais si c'est lui qui lance la conversation, évidemment).
Ça énerve et lasse les gens de voir des dizaines de
personnes leur expliquer chaque jour comment ils devraient bosser. C'est leur métier,
pas le vôtre.
Même si la plupart des gens sont persuadés de le connaître.
Petit 5 : à l'occasion, passez dans le bistro à différentes
heures de la journée sinon vous vous faites une fausse idée du lieu.
Les copains blogueurs qui viennent parfois le soir dans ce
bistro si paisible qu'est la Comète, seraient surpris par l'usine que ça
devient en semaine à l'heure du déjeuner.
En outre, ça aide à comprendre pourquoi le patron n'a rien à
foutre des 15 euros que vous pourriez laisser ! Trop de clients chiants se
croient trop importants.
Petit 6 : n’offrez jamais une tournée à des gens s’ils
ne vous ont pas offert un verre avant (sauf événement à fêter :
anniversaire, décès du chier de la belle-mère qui n’arrêtait pas de vous
mordiller, …). En offrant une tournée vous vous imposeriez dans un groupe et
vous passeriez pour le casse-couilles qui cherche à se faire bien voir (les
gens seront évidemment content d’avoir un verre à boire mais il faut faire de
la psychologie sur le long terme).
Petit 7 : si on vous offre un verre, proposez
systématiquement, ensuite, de payer vous-même une tournée (si vous n’en avez
pas la possibilité (pas de pognon, pas le temps), promettez de le faire
rapidement et tenez votre promesse.
Le truc des tournées est très important : ça marque l’appartenance
à un groupe. Cela reste vrai même quand vous êtes un vieux client du bistro
auquel cas il vous reviendra d’intégrer les nouveaux clients dans le groupe en
leur offrant un verre. Une manière de marquer son territoire… Par contre, quand
un habitué rejoint un autre habitué ou un groupe d’habitués, ça sera aux gens
déjà au comptoir d’offrir un verre au lascar qui arrive : celui qui arrive
ne doit pas s’imposer dans une série de tournées sinon il foutrait le désordre.
Prenons trois individus au hasard (dont un seul lit le blog) :
Patrice, le vieux Jacques et le vieux Roger. Ils sont au comptoir de l’Amandine.
Nicolas arrive. C’est à un des trois de commander un verre pour Nicolas au
patron (sinon, je suis de mauvaise humeur), celui qui a payé la dernière (en l’occurrence
le vieux Jacques). Nicolas, ne sachant pas qui a payé les précédentes (peut-être
Roger et Patrice ont-ils déjà « mis la leur » et ont épuisé leur budget),
se précipitera de commander une tournée dès que les verres sont vides, si
personne (Roger ou Patrice) ne le fait. Si Roger et Patrice veulent vous offrir
un verre à leur tour ensuite, c’est très bien. S’ils doivent se barrer ou non
plus de sous, tant pis.
C’est la dure loi des bistros.
Par contre, si Nicolas entre dans le bistro et dit (hors
anniversaire) « Bon, les gars, videz vos
verres, c’est la mienne », il forcera les autres à finir leur verre
presque immédiatement. Jacques et Roger étant vieux, ils seront indisposés. Pas
Patrice, il en a vu d’autres.
A ce stade de la leçon, je vous propose un exercice
pratique. Imaginez que Nicolas entre dans le bistro et que les verres de
Patrice, Roger et Marcel Le Fiacre (le vieux Jacques est parti et a été
remplacé par Marcel pour complexifier l’exercice). Doit-il attendre la
prochaine tournée ou doit-il sortir une formule joviale « Ah ! Vos verres sont vides, je vois que je tombe
bien, je vous en offre un ? ».
Ces règles ne sont évidemment pas écrites, tout comme les
règles de bonne conduite. Ce sont des règles d’usage.
Je vais donner la réponse à l’exercice. Dans l’absolu, la
réponse est « non ». Ils sont ensemble, Roger, Patrice et Marcel. Nicolas
arrive dans le groupe mais il ne sait pas s’ils veulent de lui dans le groupe,
ils étaient peut-être en train de parler de sujets délicats comme la
chaude-pisse de Marcel et ils savent que Nicolas pourrait la raconter dans son
blog.
Mais il faut rester terre à terre. Le patron ou le serveur
finira par demander à Nicolas ce que qu’il boit et Nicolas sera obligé de
commander. Si les verres de ses copains sont vides, il sera emmerdé et aura
peur de passer pour grossier. L’embarras…
Donc la réponse est « oui ».
Le septième point est important. Et il n’est pas fini. Même
la réponse à l’exercice n’est pas finie mais je souffle un peu. C’est vachement
dur de parler de soi à la troisième personne.
Tiens ! Je vais passer au point 8 pour me reposer et je
reviendrais au point 7 après.
Point 8 : payez toujours en espèces, si possible avec
des gros billets, en fin de journée (pas le café du matin, quoi…).
Les gens aiment bien faire l’appoint et sont persuadés de
rendre service mais ils font perdre du temps au serveur ou au patron en
comptant leurs pièces. C’est pareil dans les boulangeries, regardez bien !
Par contre, le patron aiment bien les gros billets, ça leur
fait moins de boulot quand ils « font leur caisse » et passent à la
banque. Et c’est plus pratique s’ils ne passent pas à la banque (et qu’ils
oublient par mégarde de déclarer une partie de la recette).
Ne payez pas par carte. D’une part le commerçant paye une
commission et d’autre part, il est obligé de déclarer les revenus
correspondants. Comme la majorité du chiffre d’affaire est faite le midi avec
exclusivement des tickets restos et des cartes bancaires, il n’y a plus qu’au
comptoir qu’il peut avoir une recette en liquide…
Vous voyez que vous apprenez des choses, avec moi ?
Point 7 qui était en retard.
Nous en étions à Nicolas qui rentre dans le bar où sont
Marcel, Roger et Patrice qui ont des verres vides. Si aucun des trois ne
commande une tournée, Nicolas est plus ou moins obligé de le faire. De toute
manière, il est surtout rentré dans le bar pour saluer le patron, boire un coup
puis discuter avec les copains s’ils sont là. La probabilité qu’aucun des trois
de commande une tournée est assez faible. Ce sont des vieux briscards de
comptoir.
Point 9 : si vous avez fait le con un soir, passez le
lendemain pour vérifier que vous avez bien payé et vous excuser.
Point 7, ben oui, on n’a toujours pas la réponse exacte.
La formule appropriée, pour Nicolas, sera de dire : « Bon, ben je pue de la gueule, ou quoi ? Personne ne m’offre
un verre ? Vous avez de la chance de m’avoir, je peux vous payer un verre ?
Vous avez bien le temps d’en boire un ? »
Je proposais la formule suivante, en début de billet : « Ah ! Vos verres sont vides, je vois que je tombe
bien, je vous en offre un ? ».
Deuxième exercice : étudiez les différences. Je donne
la réponse de suite : d’une part, la nouvelle contient une engueulade,
rappelant qu’ils n’ont pas respecté une tradition sans fournir d’explication. D’autre
part, elle contient une formule d’excuses : vous demandez l’autorisation
de leur offrir un verre en leur donnant un prétexte pour refuser.
Point 8. Ah ! Non.
Point 9 : surveillez le rythme des tournées.
D’une part, il y a toujours des gugusses qui abusent de
vous, qui viennent boire avec vous uniquement parce vous payez des tournées
(observez aussi le phénomène inverse : les mecs qui payent des tournées
pour avoir des gugusses avec qui discuter : pitoyables).
Je me rappelle d’il y a une dizaine d’années, Bruno et
Franck venaient toujours boire un verre avec moi à la fermeture de la Comète. A
un moment, j’ai constaté qu’ils allaient plus souvent avec un autre lascar, en
l’occurrence Molière (véridique). J’ai étudié leurs relations : c’est
toujours lui qui payait les tournées, plusieurs tous les soirs. Les trois
étaient pitoyables. Molière et moi ne nous entendions pas spécialement bien
(sans animosité particulière mais sans avoir envie de passer la soirée
ensemble). Il payait des verres aux deux autres pour discuter avec lui et les
deux acceptaient de délaisser celui qui était censé être


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