L’Aéro est un petit bistro, à côté de chez moi. J’en parle
souvent ici. Je l’ai beaucoup fréquenté à une époque et je continue à m’y
pointer trois ou quatre fois par semaine, notamment le week-end.
Sur la photo, ce sont Néné et Luigi. Je les masque vaguement
(le fils de Luigi passe pas mal de temps sur Internet).
Quand je l’ai connu, il était tenu par deux frères, dont
Abdel dont je parle parfois aussi. J’ai oublié le prénom de l’autre mais il
était bien sympathique, aussi. Abdel faisait la cuisine le midi et l’autre le
service. Pendant les heures sans cuisine, ils se relayaient au comptoir. Ils
ont fini par se fâcher. Abdel est resté tout seul et, le hasard a fait que c’est
à peu près à cette époque que j’ai commencé à y aller souvent.
Il y a environ 6 ans (un peu moins, je crois), Abdel a vendu
à Karim et Idir. Ils ont fait quelques essais de cuisine mais ça n’a pas
marché. Il y a à peu près un an (un peu plus, je crois), ils se sont fâchés à
leur tour. Karim a racheté les parts d’Idir. Karim tient dorénavant la boutique
tout seul, tous les jours de la semaine. Je crois qu’il ferme le lundi matin
pour faire les papiers. Un copain à lui l’aide à l’occasion. C’est lui, sur la
deuxième photo. C’était un supporter acharné de François Hollande pour vous
dire à quel point il est sympathique. Lui, je ne le camoufle pas. Il a
réellement un gros nez rouge, deux traits sous les yeux, un chapeau qui bouge,
un grand pantalon. Mais il n’avait pas tous ses accessoires le jour de la
photo.
Des travaux sont en cours, dans le quartier, et Karim va se
retrouver avec une très belle terrasse. Elle déjà pas mal, d’ailleurs, depuis
que les pavés ont été posés.
Du coup, un tas de clients lui suggèrent de faire
restauration et, comme je suis son copain, ils me demandent pourquoi il ne se
décide pas. J’aurais du prendre cet exemple pour mon récent billet : les
gens ne connaissent pas les bistros, même les plus fidèles clients.
Je vous décris le bistro : la cuisine est au sous-sol.
Dans la première salle, trois marches plus bas, il y a une dizaine de places
assises et une dizaine à l’arrière. Il y a une espèce de mezzanine avec une
autre dizaine de places.
Faire de la cuisine nécessiterait l’embauche d’un cuisinier
et d’un « demi-serveur », au minimum. Et encore, il faudrait presque
une personne de plus pour assurer les week-ends. Karim ne pourrait pas faire le
service lui-même, notamment du fait que la cuisine est au sous-sol, malgré le « monte-plat »,
car il perdrait sa clientèle de comptoir, celle qui le fait vivre depuis le
début… La terrasse n’est utilisable que quelques mois par an, à moins de faire
une terrasse fermée qui aurait au maximum une dizaine de place. Pour
rentabiliser le personnel, il faudrait, je suppose, assurer au moins trente à
quarante couverts alors qu’il n’y a qu’une trentaine de places ! Les
clients seraient entassés, ça serait l’horreur, ce qui fait qu’il ne pourrait
pas dépasser 20 couverts par jour…
Voilà ce que j’ai encore du expliquer trois fois, ce
week-end, à des clients qui s’imaginent connaître mieux que tout le monde la
profession.
Ils devraient lire mon blog : je revendique de ne rien connaître
mais d’en parler quand même.N.B. : les photos sont relativement anciennes (un an ?).


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