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Les politiques et la délicate équation de l'immigration
Je ne pense pas spécialement grand-chose de la position de
Manuel Valls à propos de l’immigration. Le sujet est très compliqué et il déchaîne
des passions des deux côtés de l’échiquier politique entrainant des
malentendus qui n’ont même pas le mérite d’être rigolos.
Il faut être
pragmatique. D’un côté on ne peut pas accueillir toute la misère du monde et
tout ça et de l’autre, il faudrait voir à ne pas oublier qu’il s’agit d’êtres
humains et on ne peut pas blâmer des braves gens qui pensent qu’ils pourraient
vivre chez nous que dans l’espèce de dictature tiers-mondiste d’où ils
viennent. Amen.
Manuel Valls a parlé dans le poste ou plus exactement dans Le Monde. Il a dit des trucs qui ont énervé des gugusses de la gauche de la
gauche qui ont probablement oublié de lire l’article en entier.
Nos camarades n’ont lu que deux phrases. Une de Manuel Valls :
« être de gauche, ce n'est pas régulariser tous
les sans-papiers » et une de Jean-Luc Mélenchon : « Manuel Valls valide une thèse du Front national ».
Nous allons laisser Méluche temporairement. Il pourrait apprendre
à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. M. Mélenchon a
échoué dans sa bataille contre le Front National et ça ne plait pas du tout à ses alliés du PCF qui pourraient commencer à préférer la stratégie du PS…
Donc, laissons Manuel Valls (et Madame Taubira) gérer l’immigration
paisiblement, on verra l’état du Front National ensuite. Dans l’attente, j’invite
tous mes camarades de gauche à lire l’ensemble des propos tenus par M. Valls
dans Le Monde (ne serait-ce que pour me faire un résumé).
A propos de résumé, exceptionnellement, je vais donner la
parole à Didier Goux qui a laissé une réponse à Dorham
qui demandait un résumé : « en gros, il a
dit que les sans-papiers seraient régularisés “au cas par cas” et non
massivement comme le souhaitent les officines appointées. Et, du coup, il
commence à se faire taper dessus. Je ne sais plus qui a dit qu'en partant,
Sarkozy avait oublié un ministre sur place. Vous voyez l'ambiance ? »
Didier Goux n’est pas un mauvais bougre. Il a un copain
noir. D’ailleurs, c’est moi qui le lui ai présenté, il s’agit de Tonnégrande.
Il a fait un
billet pour défendre pour Manuel Valls.
Restons sérieux.
L’immigration a été au cœur des campagnes en y rentrant par
la porte et par la fenêtre. Elle est entrée par la porte avec la campagne de l’UMP
(vous savez, celle qui a été « droitisée »…), au bout de plus années
de stigmatisation de voleurs de poules et prieurs dans la rue. Elle est revenue
par la fenêtre dans les campagnes des seconds tours pour terroriser l’électeur
à propos du projet du PS d’accorder le droit de vote aux immigrés aux élections
locales.
Il est temps d’apaiser les esprits.
Par exemple, se moquer de l’UMP permettra de réjouir les
partisans de François Hollande.
Les pauvres. Ils ont commencé par taper sur Manuel Valls. C’est
de bonne guerre. Mais ils ont fini par se rendre compte que leurs coups ne
faisaient pas mouche puisqu’ils ne pouvaient critiquer que des aspects
techniques dont tout le monde se fout. Par exemple, Jean-François Copé a
déclaré, hier, que le « cas par cas » ne veut rien dire : « Ca peut cacher un projet d'une très grande rigueur ou d'un
très grand laxisme, en fonction du nombre de cas et des critères retenus. »
Ca va bien aider les électeurs, ça ! Eric
Ciotti et Xavier Bertrand « avaient également
critiqué les mesures sur l'immigration de Manuel Valls en parlant de "politique
dangereuse" et de "double langage" pour le premier, de "rideau
de fumée" pour le second. »
Etre dans l’opposition, ça n’est pas une sinécure, hein !
6 ans et demi de blogueur d’opposition, j’ai fait. Je peux rigoler, maintenant…
Il faut qu’ils se rendent compte, tout les trois, qu’ils viennent de dire aux
électeurs, tous les trois, que la politique de Manuel Valls était probablement
très bien mais qu’il fallait attendre pour juger.
Remercions-les… Parfois, il vaut mieux ne rien dire…
Heureusement que l’UMP
a François Baroin… J’ai déjà dit ici que ce gars m’était très sympathique
et expliqué les raisons « personnelles ». Toujours est-il que c’est
le premier cador de l’UMP a avoir exprimé une position intelligente et presque
compréhensible par les électeurs. « J'ai trouvé
que les positions de Manuel Valls étaient à la fois courageuses et logiques ».
« En tant que ministre de l'intérieur, il n'est
pas là pour favoriser l'ouverture des frontières. La France, ce n'est pas l'hôtel
des courants d'air. Donc, il est normal qu'il tienne ces positions, elles sont
cohérentes avec sa ligne. » «la régularisation
au cas par cas, c'est la méthode la plus logique, la plus naturelle, la plus
humaine aussi parce qu'elle tient compte du parcours de la personne qui est
venue chez nous et les critères qui sont retenus par Valls sont également excellents. »
« Chacun a sa sensibilité dans son expression
politique. Moi, il se trouve que j'ai été ministre de l'intérieur et ministre
de l'outre mer et cette question de l'immigration clandestine, je la connais
plutôt bien. Le cas par cas, c'est le seul moyen et j'ajoute qu'on l'a toujours
fait. »
Les autres cadres de l’UMP sont restés dans la position qu’il
fallait tenir avant les élections et sont maintenant dans une stratégie de
reconquête de l’UMP pour un congrès à l’automne en vue de la Présidentielle de
2017, persuadés que l’immigration sera au thème de la prochaine campagne et que
la droitisation est de plus en plus de rigueur.
Pendant ce temps, François Baroin montre qu’il est un
gugusse raisonnable, posé, … Il rappelle aussi que le cas par cas est la seule
solution possible (à part, bien sûr, les régularisations massives), ce qu’ont
fait la plupart des gouvernements. Il rappelle surtout que parmi tous les
prétendants, c’est le seul à connaître vraiment la question puisqu’il a fait un
passage (éclair, il a remplacé Nicolas Sarkozy fin mars 2007, pendant la
campagne).
Tiens ! Dans les propos qu’il a tenus, il a également
dit que l’idéal était de ne pas dépasser 30000 régularisations par an… Et la
seule année où cet « objectif » a été atteint depuis 2004, est celle où
il passé 6 ou 7 semaines à l’Intérieur.
Tiens ! Alors que l’UMP qui perdait fixait des
objectifs minimum d’expulsion favorisant une politique du résultat, François
Baroin fixe des objectifs maximum de régularisation favorisant une politique plus réaliste, plus humaine…
Ca serait amusant que « la gauche modérée »
parvienne à sauver une « droite modérée ».
Je ne sais pas comment Manuel Valls arrivera à gérer ce
dossier, un des plus complexes que puisse avoir à gérer un ministre. Il
deviendra peut-être seul contre tous dans son propre camp, tout en ayant à
subir la logique opposition de Christiane Taubira, qui a aussi un job à faire.
J’espère que ces deux ministres phares sauront travailler
ensemble !


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