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Le retour des blogs Front de Gauche
Depuis les élections, on ne les entendait plus vraiment, à
part Gauche de Combat. Nico, de La Rénovitude, est muet depuis un mois. Pensez
Bibi continuait à bloguer mais peut-être « moins politique » qu’avant
(je ne sais pas, je ne le lis pas avec assiduité). Des Pas Perdus a été muet
tout le mois de juillet. Il est reparti hier et lance, ce matin, une
attaque au vitriol : « il faut sauver
l’ami socialiste. »
Et il recommence. Il tente de « nous » persuader, « preuves »
à l’appui, que nous avons fait le mauvais choix. Que François Hollande et le gouvernement
de Jean-Marc Ayrault ne sont pas à gauche. Vous savez, la vraie !
Il recommence. Dans la même veine de ce qui a fait se
vautrer son candidat à la Présidentielle (ou qui a propulsé Marine Le Pen à
18%). Il n’a rien compris. Déjà, il n’a pas compris la démocratie. On peut
avoir raison tout seul mais on ne peut pas mettre en avant une politique tout
seul. Il faut aussi être élu et j’ai tout fait pour que le seul candidat
pouvant battre Nicolas Sarkozy le fasse. Il l’a fait. Depuis, il applique
globalement ce qu’il a promis de faire. Le gouvernement a publié hier un
premier bilan, largement repris par les blogueurs politiques (proches du
gouvernement), comme Yann,
Sarkofrance
et d’autres, dont moi.
Je n’ai à rougir de ce qui a été fait.
Surtout, je n’ai pas décidé de faire blogueur d’opposition.
J’ai décidé de soutenir le Gouvernement tant il respectait « sa feuille de
route », c'est-à-dire des engagements pris et une certaine vision que j’ai
de ce que devrait faire un gouvernement. Je m’en étais expliqué, dans un
billet, avec cette formule : « Je ne sais
pas ce qu’est un «blogueur de gouvernement». Je fais partie de ces blogueurs
qui suivent François Hollande depuis octobre 2010 et qui, progressivement, lui
ont apporté un soutien total, ce que je vais continuer à faire tant qu’il ne
rompt pas avec ses engagements sans une raison valable. »
Cette formule est reprise par Pensez Bibi (voir le lien vers
le billet dans l’introduction) complétée par un commentaire ampoulé digne de
lui : « «Sans une raison valable». C’est
justement là où se situe(ra) le combat politique : sur la justification qui sera donnée aux
renoncements du Président. Et cette justification – juste ou injuste – ne sera
pas unanime. Elle sera l’objet de conflits, de dissensus, de combats et d’enjeux
politiques (à l’intérieur de la Gauche même).
Espérons que Hollande – qui bénéficia
d’un «soutien total» du blogueur – ne
vienne justifier les pertes d’emploi,
l’Europe telle quelle, la soumission au Marché pour «des raisons valables». Des
raisons valables déjà avalisées hélas par les socialistes espagnols, les
socialistes grecs et les Monti de tous poils glorifiés en héros (par Sieur
Attali). »
Le blogueur proche du Front de Gauche est toujours présent. Ca
fait relativement plaisir : outre le fait que nous n’avons plus que l’UMP
comme « cible », nous pouvons leur répondre. Ca nous occupera, dans
les blogs, pendant cinq ans. Sauf si le Front de Gauche disparaît encore plus à
l’occasion des élections locales à force de s’inscrire dans l’opposition pour
favoriser ainsi l’adversaire.
Alors je vais répondre à Pensez Bibi.
« «Sans une raison valable».
C’est justement là où se situe(ra) le combat politique : sur la justification qui sera donnée aux
renoncements du Président. » C’est beau ! Déjà un procès d’intention.
Je vais lui expliquer ce qu’est une raison valable : imaginons que la
cirrhose du foie devienne contagieuse et que la moitié de la population d’Ile
de France défunte bêtement. La crise du logement sera terminée voire inversée :
on n’aura plus besoin d’avoir une politique du logement et de bloquer les
loyers.
Soyons sérieux (je parle pour moi…). Dans un procès d’intention,
on ne peut pas préparer une défense. J’ai déjà montré qu’il pouvait m’arriver
de m’opposer au gouvernement, par exemple quand une ministre avait évoqué la
possibilité d’étendre la redevance aux écrans d’ordinateurs, et, plus
récemment, il ne me semble pas avoir fait preuve de beaucoup d’indulgence avec
le plan de relance de l’automobile.
Ainsi, le procès d’intention fait par les blogueurs du Front
de Gauche ne concerne pas uniquement les membres du Gouvernement et François
Hollande mais aussi les blogueurs. Quand je dis « sans raison valable »,
c’est forcément moi, et moi seul, qui suis capable de juger des raisons qui
pourraient me pousser à ne plus soutenir le gouvernement.
Il faut revenir sur terre.
Petit 1 : j’ai choisi un candidat par ce que j’étais
persuadé qu’il pouvait gagner et parce que j’étais convaincu par tout son
projet politique (sauf ce qui concerne le logement, mais c’est une autre
histoire). 28% des Français au premier tour et 52% au second ont choisi comme
moi. Nous n’allons pas changer d’avis comme de vulgaires serpillières au bout
de trois mois.
Petit 2 : nous avons décidé, il y a vingt ans, de
tenter l’aventure de cette monnaie unique qu’est l’Euro. On nous a peut-être
raconté des conneries à l’époque, mais le fait est là : c’est un choix
démocratique. Depuis, les accords ont évolué et nous sommes liés à nos voisins
Européens. Je ne me rappelle pas avoir vu Mélenchon crier, pendant ses
meetings, qu’il fallait sortir de l’Euro, seule solution pour rompre ses
rapport. Mais s’il l’a fait, je ne l’ai pas vu dire comment on ferait d’ailleurs.
Par contre, je me rappelle avoir fait un billet pour expliquer la démarche…
On est d’accord sur le fait que le dernier traité, celui de
Lisbonne, n’a pas été mis en œuvre démocratiquement. Les copains du Front de
Gauche n’ont pas à me faire la leçon sur le sujet : j’ai gueulé aussi. J’ai
également gueulé quand Nicolas Sarkozy a signé le dernier machin, celui qui « imposerait »
la règle d’or. Il n’empêche que c’est ainsi que fonctionne la démocratie.
Ca change d’avis une serpillière, au fait, j’y pense ?
En outre, je ne suis pas le dernier à dire qu’il faut faire
marcher la planche à billet, ou, plus précisément, qu’il faut autoriser la
Banque Centrale à prêter aux états membres.
Petit 3 : les gars, n’oubliez pas que vous avez perdu
une élection. Nous, on a gagné. Vous devriez analyser les raisons plutôt que
nous donner des leçons. Prenez exemple sur Gauche de Combat, par exemple, qui
reste objectif et se contente d’observer la politique : quand il n’est pas
d’accord avec le gouvernement, il le dit, quand il est d’accord aussi.
Vous aurez l’air un tantinet moins bête.
Car continuer une posture qui vous a conduit droit dans le
mur ne me semble pas très fin. Et si nous pouvions avoir la paix pendant quelques temps, ça serait aussi bien.


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