C’est encore l’illustre Pierre qui inspire mon billet de
réflexion de haute voltige du jour. Il m’envoie ce tweet où il me dit qu’il
a rencontre un consultant web qui lui a dit : « il faut regarder les usages par les offres, et ne plus
étudier la demande, les besoins. » Des fois, quand Pierre m’envoie
un tweet, ça ne m’inspire pas de billet, c’est pour me convoquer au restaurant
et je reviens saoul.
Cela étant, je ne sais pas exactement ce que veut dire « les
usages par les offres » mais ce n’est pas grave. La formule est là pour
faire joli sur un Powerpoint et tenir dans le twit de Pierre. C'est un consultant qui parle.
Si ! Je sais ce que c’est. Je vous explique. Ne me
remerciez pas. Ca correspond à l’usage que vous pourriez avoir en utilisant un
produit du marché (une application web, en l’occurrence). Avouez que ça fait
mieux que faire un appel d’offre, un bench mark ou un RFI (Request For
Information, j’ai l’expression française correspondante, pauvre de moi).
Un consultant web ? C’est un beau métier. Moi-même,
j’ai été (et non pas je suis allé) consultant pendant 21 ans. Mes clients m’aimaient
bien : j’étais payé pour démontrer que les autres consultants disaient des
bêtises et pour en dire des plus grosses qu’eux quand il fallait convaincre un
gros directeur. Je ne plaisante qu’à moitié. C’est un beau métier mais il faut
parfois interrompre le blogage pour faire des présentations Powerpoint avec n’importe
quoi que personne ne contestera : c’est vous le consultant payé très cher
et qu’il faut ménager parce que le chef n’aimerait pas que l’on conteste ses
choix de consultants.
Ca me rappelle une anecdote. Un fournisseur nous avait
convoqués à une espèce de groupe de travail avec tous ses clients pour préparer
les évolutions de leurs applications pour l’année. Je n’étais pas spécialement
satisfait de la première partie. La deuxième était consacrée à la présentation
des projets à plus long terme. Deux consultants avec des jolies cravates nous
avaient donc présenté les évolutions potentielles du marché en montrant comment
leurs magnifiques produits permettraient d’y répondre. J’avais totalement
démonté leur argumentation sous le regard médusé de la foule (une quinzaine de
personnes) et de leurs commerciaux, bien obligés de constater que j’avais
raison et qu’en écoutant leurs conneries, ils nous prouvaient qu’il fallait qu’on
change de fournisseur.
Ca avait fait rigoler les deux ou trois collègues qui
bossent au quotidien avec moi.
Le consultant web gagne de l’argent en disant « il faut regarder les usages par les offres, et ne plus
étudier la demande, les besoins. » parce que c’est très joli,
ça fait très moderne. Une espèce de phrase 2.0. L’inconvénient dans notre monde
de 140 caractères, c’est qu’on ne retient que les formules à la con.
Dans la vraie vie, c’est comme si le commercial du
concessionnaire auto allait passer une année (facturée) avec vous pour voir ce
que vous faites avec votre bagnole plutôt que de vous demandez ce que vous
voulez et ce dont vous avez besoin. Le résultat serait : « cher Monsieur, achetez donc une 107 pour les jours de la
semaine et louez un 807 quand vous partez en week-end ou en vacances avec les mômes. »
Le résultat de cette étude facturée est plein de bon sens, a priori. Si !
Relisez et réfléchissez. D’ailleurs, moi-même, je n’ai plus de voiture et en
prends en location (c’est, finalement, beaucoup moins cher qu’une voiture et
quand il y a des week-ends prolongés, je vais en train pour éviter les
bouchons).
Cette étude a un avantage : comme c’est un consultant
qui a tiré la conclusion, vous ne vous ferez pas engueuler par votre conjoint.
Par contre, elle fait 141 caractères : il faudra enlever le point final
pour la tweeter.
Néanmoins, c’est complètement con. Si j’étais le conjoint en
question, je ferais un Powerpoint pour le démontrer mais je vais le faire en
mode blogage : « Abruti, ça va te couter
beaucoup plus cher puisque tu conserveras l’entretien d’une voiture et en plus
tu vas t’emmerder, les matins de vacances, avec les valises à faire et tout ça
à aller chercher la voiture en question chez le loueur et tu seras emmerdé pour
la rendre parce que tu rentres un dimanche et que le loueur est fermé alors que
tu as un réel risque que les mômes aient fait de léger dégât à la voiture. Par
ailleurs, tu ne pourras pas aller te promener le dimanche s’il fait beau si tu
ne l’as pas prévu sans compter que tu ne pourras aider ma nièce Josiane à faire
son déménagement dans sa nouvelle chambre d’étudiante. Tu viens de payer la
peau des fesses pour étude faite par un connard qui ta convaincu de faire un
truc alors que c’est une belle connerie. »
Pendant 20 ans, j’ai été payé pour faire des études. Je n’ai
jamais été payé en fonction du résultat de celles-ci…
Reprenons : « il faut
regarder les usages par les offres, et ne plus étudier la demande, les besoins. »
Ca veut dire : je vais lancer un appel d’offres pour étudier les produits
du marché. Mais ça fait quand même mieux de dire : « il faut regarder les usages par les offres, et ne plus
étudier la demande, les besoins. »
Voilà à quoi sert un consultant web. Facturer une étude qui devrait être gratuite.
Vous convaincre qu’il faut étudier les offres qui existent
parce que c’est moins cher qu’un développement informatique spécifique sur la
base d’un cahier des charges que vous auriez établi, cahier des charges qui
vous coûterait lui-même très cher à réaliser alors que vous savez déjà qu’il
serait moins cher de prendre un outil du marché.
Vous aviez besoin d’un consultant web ?


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